Oeuvre André Desjardins
... Si tu aimes les soirs de pluie mon enfant, mon enfant... Les ruelles de l'Italie et les pas des passants... Éternelle litanie des feuilles mortes dans le vent, qui poussent un dernier cri... Crie mon enfant.
... Si tu aimes les éclaircies mon enfant, mon enfant... Prendre un bain de minuit dans le grand océan... Si tu aimes la mauvaise vie... Ton reflet dans l'étang... Si tu veux tes amis près de toi tout le temps.
... Si tu pries quand la nuit tombe mon enfant, mon enfant... Si tu ne fleuris pas les tombes mais chéris les absents... Si tu as peur de la bombe, et du ciel trop grand... Si tu parles à ton ombre de temps en temps.
... Si tu aimes la marée basse mon enfant, mon enfant... Le soleil sur la terrasse, et la lune sous le vent... Si l'on perd souvent ta trace dès qu'arrive le printemps... Si la vie te dépasse, passe mon enfant.
... Si tu oublies les prénoms, les adresses et les âges... Mais presque jamais le son d'une voix, un visage... Si tu aimes ce qui est bon... Si tu vois des mirages... Si tu préfères Paris quand vient l'orage.
... Si tu aimes les goûts amers, et les hivers tout blancs... Si tu aimes les derniers verres, et les mystères troublants... Si tu aimes sentir la terre, et jaillir le volcan... Si tu as peur du vide, vide mon enfant.
... Si tu aimes partir avant mon enfant, mon enfant... Avant que l'autre s'éveille, avant qu'il te laisse en plan... Si as peur du sommeil, et que passe le temps... Si tu aimes l'automne vermeil, Merveille rouge sang...
... Si as peur de la foule mais supporte les gens... Si tes idéaux s'écroulent le soir de tes 20 ans... Et si jamais rien ne se déroule comme dans tes plans... Si tu n'es qu'une pierre qui roule, roule mon enfant...
... Ça n'est pas ta faute. C'est Ton héritage. Et ça sera pire encore quand tu auras mon âge. Ça n'est pas ta faute. C'est ta chair, ton sang. Il va falloir faire avec... Ou plutôt sans.
Benjamin Biolay